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PARUTION

le choix du libraire

La rencontre du réel
à la croisée de la philosophie
et de la psychanalyse


Présentation des recherches d'analytique existentielle de Guy-Félix Duportail

Guy-Félix Duportail analyse les diverses structures topologiques et dynamiques de l'exister du côté de la phénoménologie et conjointement du côté de la psychanalyse, en rapprochant notamment Maurice Merleau-Ponty et Jacques Lacan.


Bibliographie sélective:

Existence et psychanalyse, « Tuchè », Paris, Hermann, 2016

L'origine de la psychanalyse. Introduction à une philosophie de l'inconscient, Mimésis, 2013

Analytique de la chair, "Passages", Paris, Les éditions du Cerf, 2011

Les institutions du monde de la vie. Merleau-Ponty et Lacan, "Krisis", Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2008

L'a priori littéral. Une approche phénoménologique de Lacan, "Passages", Paris, Les éditions du Cerf, 2003


La rencontre du réel par l'esprit de la lettre


Note de lecture de Existence et psychanalyse, de Guy-Félix Duportail (Hermann, 2016), par Frédéric


L'aventure du sens à la rencontre du réel (ce terme désigne chez Lacan le lieu de la pulsion de vie du psychisme) est, avant tout savoir positif (psychologie cognitive), une expérience sensible au contact du monde, dans les rets du langage, et à travers l'histoire d'un sujet et de ses affects personnels. Vouloir esquisser un schéma de ces mouvements de l'existence par-delà le dualisme du sujet et du monde environnant, reste un enjeu intellectuel pour saisir le ressort des forces qui nouent autant notre économie libidinale que nos relations individuelles ou collectives. La compréhension de soi dans son identité plurielle, de sa place et de son action dans le monde, avec ses résistances intimes, mérite de suivre les intuitions tracées par des penseurs « existentialistes », auxquels l'auteur se réfère : Kierkegaard, Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty, Patocka, Freud et Lacan.
Guy-Félix Duportail, par la lecture croisée de ces penseurs, parcourt en zigzags — selon sa formule — les diverses structures topologiques et dynamiques de l'exister du côté de la phénoménologie et conjointement du côté de la psychanalyse.


Prolégomène à une psychanalyse philosophique

Dans l'a priori littéral (Cerf, 2003), à partir d'un Lacan ayant su se distancier du psychologisme psychanalytique ainsi que du pansexualisme de Freud tout en renouvelant ses modélisations du fonctionnement du psychisme (par l'injonction du retour à Freud, Lacan prolonge les deux topiques freudiennes : conscient-préconscient-inconscient, puis : ça-moi-surmoi), s'élabore un premier rapprochement entre les idéalités logiques conçues au cours de ses Séminaires avec le projet phénoménologique initié par Husserl sur le plan théorique. Mais c'est surtout en poursuivant le dialogue entamé entre Merleau-Ponty et Lacan dans Les institutions du monde de la vie (Millon, 2008) que se dévoile une fécondité réciproque de leurs pensées, en cherchant à réduire chez Lacan le risque de dérive dogmatique du « mathème » comme algèbre symbolique, et à prolonger chez Merleau-Ponty sa conception du chiasme de l'être-au-monde qui ne se dépare pas d'un reste de subjectivisme. L'analyse de la spatialité du corps fera l'objet de l'Analytique de la chair (Cerf, 2011). Elle permettra une relecture de la topologie du désir au sein de la topologie lacanienne du nœud borroméen (structure de l'inconscient du sujet figurée selon les trois anneaux emmêlés du Réel, du Symbolique, de l'Imaginaire) dans L'origine de la psychanalyse (Mimésis, 2013). Enfin, dans Existence et psychanalyse (Hermann, 2016) l'auteur propose une lecture ontologique de cette restructuration topologique recomposant « les tourbillons et les noeuds » des mouvements de l'existence en suivant le schéma praxique du nœud borroméen. Faisant toujours le lien entre philosophie (ontologie du Soi) et psychanalyse (réalisation du sujet) l'auteur évoque un même plan d'expérience (prototopologie de l'Être). Ce faisant, il pose les jalons d'une psychanalyse philosophique.


Dynamique psychique de l'homme tourbillonnaire

Existence et psychanalyse est un ouvrage construit selon le principe d'une double lecture complémentaire puisant dans les référentiels philosophiques et psychanalytiques, en suivant une progression du plan de la spatialité du corps (la chair), au plan de la négativité de l'inconscient (la pulsion de mort), à celui de la vie dans la réalité (tuchè).
Une première avancée dans l'interprétation ontologique est de concevoir l'existence dans sa dimension temporelle comme possibilité (temporalité ekstatique du Dasein chez Heidegger : souci, résolution, être-jeté) ou comme mouvement de l'existence (Chez Patocka : mouvement d'enracinement, mouvement de conservation, mouvement de percée) qui vient compléter l'inscription du soi dans sa corporéité (le chiasme sujet/monde chez Merleau-Ponty) en le rapprochant du mouvement de dévoilement du monde. Cette esquisse d'une dynamique psychique rompt avec la topique statique héritée de Platon (théorie des Idées). Encore faut-il pouvoir exprimer cet aspect énergétique de l'ontogenèse, ce que suggère Merleau-Ponty en parlant du tourbillon spatialisant-temporalisant entraînant la chair selon un schéma existentiel de la vie du sujet avec ses mouvements affectifs propres (nommé « un implexe » par Merleau-Ponty) recelant en son centre le manque d'une non-coïncidence avec soi qui produit le désir. L'incorporéité du corps dans le monde comme facteur de cohésion passive (« puissance de liaison passive des événements ») instaure sur le plan temporel, niant l'irréversibilité du temps vécu, une sorte d'« éternité existentielle ». Celle-ci, maintenant la fonction dynamique affective, est le support d'un quatrième mouvement de l'existence que G-F. Duportail nomme « le mouvement-nœud », auquel correspond la fonction de l'inconscient.
Malgré l'intérêt de Merleau-Ponty pour Freud, l'auteur du Visible et de l'invisible a manqué la part de négativité interne à l'existant en proie au conflit entre ses pulsions antagonistes. Cela fait la différence entre l'analyse phénoménologique et l'échange analytique en psychanalyse. Là où la « description indirecte du tourbillon » (p.66) ne permet pas la « résolution du conflit des tendances qui s'affrontent en nous » (p. 74), le dire de l'analysant en prise avec la répétition du refoulement de l'objet du désir, rend la « chair trouée » réparable.
L'apport incontestable de la psychanalyse est d'avoir insisté sur l'importance du mouvement nodal de l'inconscient (cette éternité existentielle du « temps qui ne passe pas ») qui subsume tout mouvement d'existence. L'autre apport connexe est l'attachement à l'enfance — dimension quasi-absente de la philosophie —, ainsi que l'orientation thérapeutique d'un choix de vie dans la vérité et non dans le déni de l'Autre (désir). En ce sens, le schématisme topologique servirait de guide de vie pour s'extraire du tourbillon du réel. On mesure par là les ressemblances profondes avec les finalités de la philosophie définie comme amour de la sagesse, recherche de la vérité, thérapeutique de l'âme…


Psychanalyse et histoire symbolique

Dans La seconde partie de l'ouvrage, l'auteur tente de prolonger cette conception de « la vie dans la compréhension et dans la vérité comme dévoilement de l'être dynamique du monde » (p.98), sur le plan de l'histoire collective. Il renoue avec les analyses de Levinas et de Lacan, ayant cherchés chacun à leur manière « comment philosopher après Auschwitz » (selon la formule d'Adorno), le premier à travers la figure d'une transcendance de l'Autre, le second par une métaphysique de l'Un (l'unaire et l'unien), visant à dépasser le réel non symbolisable que fut le génocide de la Shoah.
Mais est-on en droit d'étendre l'interprétation analytique des intentions d'un sujet individuel au plan historique du destin collectif d'un peuple, d'une mentalité ? Après Hegel et son méta-récit de la vie de l'esprit dans l'histoire (Leçons sur la philosophie de l'histoire, L'Esprit du christianisme), après Heidegger et sa dramaturgie historiologique du destinal, Freud à son tour, abordant l'esprit du judaïsme dans son Homme Moïse, fait l'hypothèse que le modèle de la névrose traumatique individuelle vaut pour l'histoire des figures de l'esprit (p.166). En l'occurrence, la figure du trauma dans l'esprit du judaïsme (patente chez Levinas), liée au meurtre originaire du père en la personne de Moïse, empêche la rétroversion vers l'Autre, nié au nom de la transcendance du Surmoi. En termes lacaniens, cela revient dans un premier temps à extrapoler le mouvement-nœud individuel du sujet au mouvement-nœud impersonnel de l'Autre (dont la dimension asubjective n'équivaut pas au savoir absolu auto-conscient hypostasié par Hegel), puis à nier la proximité — identification ou possession — de l'Autre (nier à cause de l'absence de sens rationnel du réel historique) renvoyé au principe d'infinitude (emphase de l'infini dans le fini face au visage d'autrui, pour Levinas ; au trou de l'Un dans l'Etre signifiant l'impossibilité du rapport sexuel, pour Lacan). Sur cette question de la filiation du lien, le discours analytique rejoint le discours religieux. Freud confronte la psychanalyse à son autocompréhension oedipienne de la religion. Le discours comme symptôme s'efface devant la matrice symbolique religieuse.


Métaphoriser le réel

Repoussant cette alternative freudienne d'une dissolution entre systèmes symboliques, l'auteur aborde « l'enjeu de la psychanalyse dans l'histoire du symbolique » (p.191) en interrogeant la portée symbolique du schématisme du nœud borroméen hérité de Lacan, confronté à la critique de son intellectualisme. Le projet théorique entrepris par l'auteur, celui d'une convergence possible du discours phénoménologique et du discours analytique, ouvre la question du défi universaliste de la psychanalyse philosophique. En creusant le sillage de l'intellectualité impensée de la topologie lacanienne, éloignée de son mathématisme initial, en développant une compréhension existentiale du nœud borroméen, l'auteur dit défendre une position intellectualiste « minimaliste et déflationniste » (p.190). De même que pour le psychanalyste lacanien « son éthique et sa pratique sont pour ainsi dire wittgensteiniens : elles montrent en silence la topologie du réel dans l'histoire » (p.189), l'auteur croit en la capacité du modèle topologique à « métaphoriser le réel » (p. 218). La monstration symbolique (symptôme du réel) par le biais de la métaphore topologique (selon le trajet lacanien Imaginaire-Symbolique-Réel) contribue au travail de conceptualisation du réel (« spiritualisation de la lettre »). Or l'on connaît le refus du concept par Lacan. Aussi l'auteur discute-t-il du pourquoi du refus de l'ontologie par Lacan, ce « discours du maître », cette « hontologie » traitant de l'être dont on désespère. La raison de ce refus réside dans le fait que l'ontologie exhibe l'actualisation partielle de l'être en vérité (l'être troué par le réel), tandis que « la béance de l'inconscient » d'ordre pré-ontologique travaille à la réalisation du non-être (« l'objet a » du désir manqué, la renomination du Nom du père). Ce manque-à-être lié à la force empêchée qu'est la pulsion, est ce que tente de penser l'énergétique psychanalytique comme explication causale de l'acte réalisé ou retenu.


Lire l'énigme du mouvement-nœud

Saisir le jeu de ces forces virtuelles de la logique de l'inconscient — qui est la découverte et la raison d'être de la métapsychologie — exige selon Lacan, me semble-t-il, un déplacement du concept à la grammaire (passage de la métaphysique dogmatique ou critique au structuralisme linguistique), c'est-à-dire d'une logique du discours de la substance à une syntaxe du signifiant (« l'inconscient est structuré comme un langage »), reflet du jeu métonymique et métaphorique dans le rêve notamment, équivalant au passage d'un dit abstrait à une visée opératoire (différence entre la carte et le territoire). Ainsi, grammaire des tropes et art de la formule, mais aussi schématisme topologique, sont des outils au service de l'analyste qui exprime au plus près la dynamique pulsionnelle. Les aphorismes généralisant du philosophe, ses jugements synthétiques a priori, disconviennent à la rencontre du réel, topique de l'économie pulsionnelle (la pulsion: « Trieb », le ça selon Freud). A rebours du forçage logique de l'impératif wittgensteinien affirmant que de « ce dont on ne peut parler il faut le taire » (Tractatus…, prop.7), ou que « l'énigme n'existe pas » (idem, prop.6.5), une épistémologie baroque se met en place avec sa terminologie, — sa cartographie chez Merleau-Ponty parlant de : creux, lacs, plis ; son étayage chez Lacan parlant de : fente, trace, trait, tore (cercle plein), trou, bord, etc.
Dans Existence et psychanalyse, l'auteur a démontré abondamment la capacité autant de la phénoménologie que de la psychanalyse à structurer le domaine du contradictoire et de la dualitude des forces antagonistes du psychisme. La topologie généralisée et évolutive que propose Guy-Félix Duportail à partir du schématisme du nœud borroméen suggère la voie d'un nouveau type de discours éminemment amphibologique alliant l' intellectualisme des mouvements de l'existence et l'inventivité imaginale. Autrement dit, il s'agit de dénouer les nœuds du réel en tissant l'esprit de la lettre.

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